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Conversations au hasard

Comme je feuillette un journal, assis sur un banc, je me trouve distrait par deux jeunes femmes sur le banc d’à côté, et dont le volume sonore m’autorise sans que je cherche à tendre l’oreille, à entendre ce qu’elles ont à se dire. Je dois préciser que l’une d’elle, comme je me tournais vers elles, est enceinte. Ainsi il va s’agir d’abord de grossesse. Et l’une de demander à l’autre si elle sait ce que c’est ? Une fille, que lui répond l’autre jeune femme. Alors ça vous fera deux filles, comme moi. Les deux jeunes femmes se mettent à rire, d’un rire presque communicatif, qui a failli me faire me lever pour venir rire avec elles. Puis l’autre lui dit : “Il faudrait changer de maris, puisque les nôtres ne semblent être doués que pour faire des filles.”
Bien sûr je suis resté sagement assis sur mon banc, même si l’idée de leur proposer mes services (sans savoir si je serais capable de faire des garçons) m’a traversé l’esprit.
Tout aussi fort dans la voix mais de façon plus solennelle, elles se mettent à causer du couple. Et malgré moi je n’en perds pas une miette, ne pensant même plus à faire semblant de lire le journal ou à me dissimuler derrière lui. Bref ! les voilà parties à causer du rapport de séduction. Et l’une dit à l’autre qu’elle cherche souvent avec son mari à retrouver la magie des premiers instants. Elle aime plus particulièrement la part féminine de son homme. Mais lui, bien qu’il s’en défende, reluque plutôt les jeunettes en mini jupe.
-Tu vois, lui dit-elle, je préférerais que ce soit moi son fantasme.
Ces deux jeunes femmes que j’avais d’abord prises pour deux écervelées, n’ayant d’autres préoccupations que la promenade ou le lèche-vitrine, ont quelque chose de touchant.
En partant avec mon journal calé sous le bras, je ne peux m’empêcher de penser au film de Jean Eustache, à son titre, “La maman et la putain.”

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