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Cheval de Troie II

Maintenant le sang pisse, d’abord de petites gouttes. Les premières en tombant sur la serviette posée sur ses genoux, sont absorbées par le coton. Elles ont l’air de dessiner une fleur en s’éparpillant mais bientôt submergées par du sang en abondance, jusqu’à donner une petite flaque.
Plus le temps de finasser, rapidement il refait son entrée dans le restaurant. Notre homme est déjà là, à une table derrière mais il ne le remarque pas. Il ne songe qu’à sa femme, son visage impassible. Le plaisir de la nourriture si souvent rêvée lors du voyage. L’excitation, le désir, de retrouver sa femme, étendu les mains passées sous la tête à attendre. Lui a-t-il manqué ?
Le couteau le cloue à la chaise. Autour de lui une agitation fébrile mais il ne voit ni l’ami ni surtout sa femme. Ont-ils déjà fui ? Tout commence à se voiler. Le froid de la lame se répand. Alors il grignote chaque parcelles de chaleur encore restantes. L’impression qu’en touchant involontairement le manche du couteau, il a déclenché la circulation d’un fluide réfrigérant.
Plus le temps de repasser la scène, de refaire une entrée, d’essayer de lire sur le visage de sa femme ou de comprendre comment l’ami a pu surgir avec une telle violence. Déterminé le bougre !
Il n’est pas happé vers de vastes plaines aux paysages grandioses. Dans ces secondes d’avant la mort, il lui est donné de voir en un flash, le voyage d’un des spermatozoïdes de son père. Probablement celui qui lui a en partie donné la vie. Puis défile une galerie de portraits, tout à trac. Conscient d’avoir été pollué par toutes ces célébrités télévisuelles.
Il n’a rien vu de l’histoire avec un petit ou un grand H. Il ne connaissait rien des récits d’Ulysse, rien sur la guerre de Troie et ses héros, par paresse aussi.

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